Texte de Francky Criquet - retrouver d'autres textes
Le 6 janvier 2016.
Ce matin, l’art a goût du CANADA DRY… L’année 2015 aura débutée en France tout comme elle s’est terminée : dans l’horreur du Charlie Hebdo, dans la salle du Bataclan, la même route. Quelle attitude doit avoir l’artiste contemporain ? Est-ce que son organe de propagande doit prendre l’excroissance de l’action non-violente ? Dieu n’est-il pas un artiste comme les autres ? Aujourd’hui tout le monde récupère et ça fonctionne bien, plutôt bien. La création est devenue un passeport universel. C’est beau un artiste, un artiste reconnu ! C’est beau parce que ça rapporte du pognon et qu’avec le pognon aujourd’hui on guillotine la prise de parole symptomatique des artistes invisibles. Parfois ça fait du bien d’avoir un peu de culture, mais je veux tellement me rapprocher de l’essentiel.
Créer sans prétexte, juste découvrir quelque chose de nouveau. Aujourd’hui il fait plutôt beau, il est 9h30, je vais rassembler le maximum de mes œuvres, y foutre de la dynamite et tout faire sauter. Le slogan de ma performance sera : « L’ART N’A JAMAIS TANT EXPLOSE QU’AUJOURD’HUI ».

A chaque époque, tournant de l’histoire…Faut-il anticiper sur ce qu’elle va devenir ou sur ce qu’elle est déjà devenue ? « On ne parle bien que de ceux que l’on aime. On parle encore mieux de ceux qu’on déteste ». (André Fermigier).

J’aime Goya, j’aime le désespoir de l’Espagne. J’aime Picasso, vivre en dehors de son temps. J’ai peint près d’un an en Andalousie, près de Cadiz, à Chipiona, dans l’atelier de Julio Fernandez Ceballos, mon maître. Cela me manque, du moins, je le pense. Peut-être est ce manque qui me permet de peindre ce que je suis aujourd’hui. Allez voir un artiste qui n’a pas besoin de reconnaissance !? Si un jour vous le rencontrez, regardez-le bien, regardez-le bien de loin, car vous verrez l’artiste, l’artiste face à lui-même qui se croise entre ses cornes et qui n’arrête pas de se vaincre – seul – un artiste sans reconnaissance c’est une personne qui ne reste pas maître de sa vie. Chaque jour une vague tueuse ravage les rives de ses ambitions.

La crise n’est qu’un trou d’air, l’artiste n’a plus de patrie, toutes les nationalités lui sont bonnes, il bouge, il doit bouger pour subsister…Je déclare que l’œuvre est un miroir adapté à chacun mais en aucun cas le monde qui s’y réfléchit. L’idée ou l’inspiration c’est le rejeton de l’œuvre. Moi, je peins par nature pour imiter l’ART sur un fondement de liberté sans arrière-monde, sans nostalgie, je peins à venir comme un second prolongement du futur. L’image n’est pas l’actualité, mais simplement le projet culminant du mythe de l’œuvre. Derrière le sentiment que je puisse donner un tant soit peu de la réflexion dans la naïveté de mes tableaux, mon art n’existe ni de l’intérieur et ni de l’extérieur. Il est juste là en surface n’obéissant à aucune loi, sans mesure, restant intacte et immobile en représentation sensible.

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Plus que l’artiste…

Mes toiles débordent sur le silence pendant que les pinceaux me guident à l’intersection d’un monde imaginaire. Plus rien n’est comme hier. Le temps patine sa propre ombre de lumière. Les couleurs glissent comme des larmes de rosée. La peinture me tient en joue. J’attends le tir, j’attends le bout. L’illusion complète du rêve me tend la main, je la coupe avec du rouge et la cerne avec du bleu, m’agrippe à des éclats de mémoire. Je fouille dans la palette comme je fouille dans ma vie les couleurs qui me restent… La toile avance telle une montagne qui n’arrête pas de grandir…Le tableau est là !


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Je peins

« Radicalement je peins. C’est absolu. Je peins. La peinture ne devient pas et ne sera jamais littéraire. Le peintre s’orne de couleurs tel une offrande. Dans son unique idéal, l’idée de l’art est sacrée. C’est donc en parfait amour et en parfaite peine qu’en artiste rigoureux, je peins. Mon talent est formel et ne veut apporter aucune contribution à la tradition légitime que les ateliers d’art veulent transmettre. Je suis un pur autodidacte, avec ses tendances bien sûr, et parfois certaines influences…. Mais si déformations il y a, je ne tiens mon art d’aucun héritage et je le proclame avec un dilettantisme vainqueur… »



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Ma liberté

« Je suis pris à mon propre jeu que je nomme finalement ma liberté et je m’invente chaque jour de nouvelles règles pour être sûr de ne pas devenir l’objet que je traite. La règle est simple : il faut juste rester fidèle à soi-même. Alors on emboite les notes comme on emboite les couleurs sur la toile, la liaison d’une couleur à l’autre, l’accumulation des gestes précis , variables, pour donner une impression plus ou moins éclatante, brillante et sardonique. Entendre les couleurs comme on entend la musique… Toutes les couleurs ont une note allant du grave vers l’aigu. La couleur est un lieu habité par un son.»


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Peindre avec le ventre

« Je voudrais chaque jour créer une oeuvre capable de nous arracher des larmes ou de nous rendre tout à coup légers, confiants et heureux… Faire de la peinture plus sensible encore, une peinture capable de nous troubler, de modifier notre manière habituelle et routinière de regarder la réalité… Je peins avec quelque chose qui est de l’ordre de l’intuition, de l’émotion… Peindre avec le ventre, peindre sur cette route qui n’est nulle part ailleurs qu’en soi-même. »

At every period in history, a turning point…Should we anticipate what history will become or what it has already become? “We speak well only of those we love. We speak even better of those we hate” (André Fermigier).

I like Goya, I like the despair of Spain. I like Picasso, who was out of step with his time. I spent almost one year painting in Andalusia, in Chipiona near to Cadiz, in the studio of Julio Fernandez Ceballos, my maestro. I miss it, at least I think I do. Perhaps it is this absence which permits me to paint what I am today. Go and find an artist who doesn’t need recognition !? If you ever meet him, take a good look at him, stand back and take a good look, as you’ll see the artist, the artist face to face with himself, his horns tangled up in combat and who never stops defeating himself – alone – an artist without recognition is someone who doesn’t control his destiny. Every day a killer wave ravages the edges of his ambitions.

The crisis is just an air pocket, the artist has no homeland, all nationalities apply to him, he moves around, he has to move around to subsist…. I declare that a work of art is a mirror adapted to each and every one of us, but by no means to the world which reflects in it. The idea or the inspiration is the offspring of the work of art. I paint by nature to imitate ART on a foundation of freedom without a backstage, without nostalgia, I paint to appear, like a second continuation of the future. The image is out of time, it is simply the culmination of the work’s myth. Behind the feeling that I can give a little reflection in the naivety of my paintings, my art does not exist, either inside or out. It is just there on the surface, obeying no law, without measure, remaining intact and immobile in a sensitive representation.


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More than the artist…

My canvases overflow into silence whilst the paintbrushes guide me to the intersection of an imaginary world. Nothing is like yesterday. Time forms a patina of its own shadow of light. Colours slide like tears of dew. Painting holds me at gunpoint. I’m waiting for the shot, I’m waiting for the end. The total illusion of the dream is holding out its hand, I cut it with red, outline it in blue, hang on to shards of memory. I scour through the pallet as I scour my life for the colours left…The canvas takes shape like a mountain that doesn’t stop growing…the painting is there !


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I paint

“Radically, I paint. It’s absolute. I paint. Painting does not become, nor will it ever become, literature. The painter adorns himself with colors like an offering. In his unique ideal, the idea of art is sacred. It is therefore in perfect love and in perfect pain that as a disciplined artist, I paint. My talent is there and does not want to make any contribution towards the legitimate tradition that art workshops are looking to transmit. I am purely self-taught, with my own tendencies of course, and sometimes certain influences…But whilst deformations exist, my art is not inherited and I proclaim it with a victorious dilettantism…”


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My freedom

“I’m caught out at my own game that finally I call my freedom, and every day I invent new rules for myself to avoid becoming the object of my work. The rule’s simple: you just have to remain faithful to yourself. The notes fit together like the colors fit together on the canvass, the link between one color and the next, the accumulation of precise yet variable gestures, to give a bright, glossy or sardonic impression. Listening to the colors like we listen to music… Each color corresponds to a musical note, ranging from low to high. Color is a place inhabited by sound.”


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Painting from the gut

“Every day, I’d like to create a work able to reduce us to tears or make us suddenly lighter, confident, happy….To make painting even more sensitive, a painting which is capable of troubling us, changing our usual way of taking stock of reality…I paint with something which is akin to intuition, emotion…Painting from the gut, painting on this road which is nowhere else but within.”

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